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29 avril 2007

Pourquoi je voterai blanc le 6 mai

Après le qualification pour le deuxième tour de la présidentielle de Jean-Marie Le Pen en 2002, faire travailler des hommes et des femmes de bords différents dans un gouvernement d’union national autour d’un projet républicain fort aura été, tout au long de la campagne, le projet défendu par François Bayrou, moqué et stigmatisé par le PS et l’UMP. Maintenant que ces deux partis se retrouvent au second tour, chacun appel à l’union avec le centre alors que tous deux ont lourdement penché vers leurs extrêmes. J’espère que tous leurs électeurs se rendent compte comme ils ont été floués.
J'espère que tout le monde était devant sa télé le 22 avril au soir, pour pouvoir apprécier la nouvelle attitude des représentants de l'UMP et du PS qui ont soudainement adouci leurs virulents propos envers François Bayrou, rangeant au placard les phrases assassines et les coups bas maintenant que l’ora(n)ge est passé… J'espère que tout le monde a pu apprécier comme chacun tour à tour, de Coppé à Montebourg, a joliment fait sa putain pour ne pas braquer les électeurs UDF qui ne sont maintenant plus que de vulgaires voix à « récupérer ». J'espère que tout le monde apprécie le changement de posture… Ceux-là mêmes qui traitaient le centriste d’« imposteur » dans son désir de s’ouvrir sur sa droite et sur sa gauche, ceux-là mêmes qui après avoir pioché dans l’électorat de leur extrême respectif sont prêts à « construire avec le centre »… Qui sont les imposteurs ? Où est l’honnêteté politique ? Le seul qui n'aurait pas changé de posture ce soir en passant ce premier tour, puisqu'il avait appelé à l'union dès le début entre les centre-droits et les centre-gauches, n’a fini que troisième. Je suis un électeur de François Bayrou et je ne suis pas à « récupérer », j’ai voté pour lui par adhésion absolue comme j’avais déjà voté pour lui en 2002, et aujourd’hui je dois me résigner à attendre 5 ans de plus avant que la France renoue avec un grand président. Adhérer à son discours, c’est forcément rejeter profondément la manière de faire de la politique selon cet UMP et selon ce PS. Ils ont beau se défendre de quelconques manœuvres, leurs discours démagogiques ressemblent à une grande distribution de soupe populaire… J’en veux énormément à ceux des deux camps qui auraient pu et dû saisir les mains tendues par le centre et qui ont préféré se rabattre sur leur gauche et sur leur droite. Comment peut-on accepter d’entendre Jean-louis Borloo balancer sans rougir sur TF1 : « La machine à broyer l'UDF n'a pas fonctionné » et qu’il faut prendre en compte « l'exigence que des gens qui n'ont pas exactement la même opinion puissent bâtir ensemble » ? De quel ensemble parle-t-il ? Comment peut-on supporter la posture de Dominique Strauss-Khan qui depuis sa défaite aux primaires s’est mis sur veille, assurant son soutien à Madame Royal juste assez fortement pour contrer la tentation Bayrou de l’électorat socialiste lassé de son appareil, et juste assez timidement pour laisser sa rivale se fracasser et pouvoir ramasser les miettes de l’après Hollande ? Comment peut-on supporter PS et UMP se disputant la légitimité du report des voix de l’UDF, sur le plateau de France 2, sans même dénier s’adresser à Jean-Marie Cavada, présent sur le plateau, qui à sa prise de parole a subtilement souligné la « patience » dont il a fait preuve… Tous ces gens-là ne sont pas à la hauteur de l’enjeu énorme que revêtait cette présidentielle dont l’issue est à présent confiée aux deux candidats les plus démagos… J’espère que le nouveau parti du centre se fera sans ces gens, avec de nouvelles têtes et de nouveaux élans.

Ils veulent gouverner avec ma voix de centriste ? Mais ma voix n’est pas compatible avec les extrémismes de droite et de gauche…
Et Bayrou ayant ratissé au centre, le PS et l’UMP n’ont pas hésité à piocher largement dans leurs extrêmes respectifs, pour continuer à exister…
Pour faire baisser le score de Le Pen, Sarko a trouvé la solution : plutôt que de chasser les idées du FN de la République, il les y a fait entrer. Je ne voterai pas pour cet homme.
Alors la tentation est grande de voter contre le petit caporal Sarko qui parle d’ouverture, de respect et de débat d’idées maintenant qu’il sait son plus dangereux adversaire éliminé sans qu’il n’y ait eu de confrontation.
Mais pour cela, il faudrait voter pour ce PS qui, plutôt que de se remettre en question après la débâcle de 2002, a remis en cause son électorat en stigmatisant les électeurs de gauche qui ne votaient pas « utile », se faisant en dépouillant les petits partis de leurs voix. Ce qui pose un réel problème démocratique, l’Etat (et nos impôts) ne remboursant que les campagnes des partis ayant obtenu au moins 5% des suffrages, soit en fait 4 partis seulement. Les 2 « gros » qui nous ont inondés d'affiches Ségo et Sarko dans un affichage sauvage éhonté, jouant parfois au mille-feuilles (une affiche de Ségo recouvrant une affiche de Sarko qui recouvrait une affiche de Ségo, recouvrant elle-même une affiche de Sarko, etc.), auront eu donc raison du bon sens et du débat d'idées. Et les 2 partis les plus démagos et les plus dépensiers auront condamné les petits partis à la figuration, usurpant leurs écrasantes deux premières places... Sarko et Ségo ont rassemblé par la peur, Sarko stigmatisant les uns et les autres et Ségo brandissant avec « le vote utile » le traumatisme de Le Pen de 2002 comme principal argument de campagne… Voter Royal serait encore lui donner crédit d’un vote par défaut qui ne faisait déjà pas d’elle, à mes yeux, une prétendante au deuxième tour et qui fera encore moins d’elle une présidente…

Royal a-t-elle une chance ? Je ne le crois pas. Ferait-elle une bonne présidente ? Je ne le crois pas non plus, comme je suis certain que Sarkozy en sera un mauvais. Mais elle a juste réussi, en cristallisant dès le 1er tour 80% du vote de gauche, à éliminer Bayrou qui était le seul à proposer un projet authentiquement républicain, économiquement viable, social et ouvert. Pour moi, c’est de l’aveuglement. Il eût été préférable que Madame Royal et le PS réfléchisse à cette phrase de Chateaubriand : « L’ambition dont on n’a pas le talent est un crime. »

Electeur de François Bayrou, j’ai la nausée de lire comment nos 18% sont considérés. André Santini, rallié à Sarko qui déclare que les citoyens qui se sont portés dimanche sur la candidature de François Bayrou sont pour la « moitié » d'entre eux des « électeurs indépendants prêts à repartir chez Nicolas Sarkozy » et l’autre moitié, des « bobos déçus par la gauche, parfois trotskistes, et qui ont cru trouver une échappatoire avec François Bayrou. » ; Il continue : « François Bayrou a fait la voiture-balai au premier tour. Après quoi, il va s'écrouler. Le 6 mai, il n'y aura plus personne derrière lui. »
J’aimerais qu’un jour ce patapouf de la politique tombe de sa chaire et que sa vision un peu courte et tellement convenue lui revienne tel un grand courant d'air en pleine tronche !

Quant au socialiste Pascal Terrasse, président du Conseil général de la Drôme, après l’appel du pied de Royal à Bayrou, il déclare que si Nicolas Sarkozy est élu président le 6 mai, François Bayrou sera « responsable et coupable ». Rien que ça… 2002 n’a pas suffi, s’il perd en 2007, le PS ne pensera toujours pas qu’il est responsable de sa défaite…

C’est à ces gens-là que j’ai envie de dire « M----- » !!


Je voterai blanc au second tour et je rêve que l’abstention soit élevée, qu’on y devine les électeurs non recyclables de François Bayrou, en espérant un gros score aux législatives pour que l’UDF enfin indépendante puisse jouer son rôle d’arbitre au Parlement… En attendant 2012…

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