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31 mai 2007
L'ouverture du gouvernement Fillon ou la confusion des genres.
Face à Hortefeux, Dati, Bertrand ou Karoutchi...
Si l'on compare ce que Kouchner, Jouyet ou Besson sont aux au PS et ce que Morin est à l'UDF à ce que Hortefeux, Dati, Bertrand ou Karoutchi sont non pas à l'UMP mais à Sarkozy, alors on peut se dire que l'ouverture est très relative. Mais certains diront, que cette proportion est normale et que l'ouverture existe malgré tout. Et ce n'est pas complétement faux, mais en fait le choix des personalités invitées au gouvernement est secondaire. L'ouverture de Sarkozy semble plus relever de la stratégie que de la vision politique. D'une pierre, deux coups ! L'ouverture de Sarkozy, c'est à la fois déstabiliser encore un peu plus le PS et tuer le discours de Bayrou. A ceux qui ne s'interessent pas au fond des choses, qui s'arrêtent à la forme, Sarkozy peut toujours laisser entendre : "Quel interet de voter Bayrou ? Ce qu'il propose, moi, je le fais !". Cette affirmation est bien sûr une manipulation. Mais ce n'est pas non plus le plus grave.
Au delà de tout cela, ce qui pose le plus de problème c'est que Sarkozy brouille les cartes en permanence : Il est quand même l'homme qui a réussi, disent tous les observateurs politiques, a faire gagner une "droite décomplexée". Loin du Chirac de 95 et de sa fracture sociale (positionnement stratégique concocté par Guaino, le même qui écrit aujourd'hui les discours de Sarkozy), Sarkozy assume son statut d'homme de droite, franchement de droite. Alors quand lors de la campagne, cet homme de droite pur et dur, cite Blum et Jaurès, le seul effet produit, c'est qu'on n'y comprend plus rien. Et quand l'électeur n'y comprend plus rien face à un homme qui multiplie les réflexions qui le dépasse, si cet homme est sensé représenter une élite intellectuelle (le politique en est une), l'électeur se dit même inconsciemment : "De toute façon, tout ça me dépasse car je n'ai pas toutes les cartes en main, laissons ces consdérations aux experts, il doit savoir ce qu'il dit, je lui fais confiance". Si dès que le doute s'installe dans la tête d'un électeur assez peu averti sur l'histoire politique (et il n'est pas du devoir de chacun de l'être, il faut respecter cela!), il se noie dans des infos contradictoires, l'alternative qu'il choisira le plus souvent sera de se décourager, de ne pas creuser d'avantage les incohérences et de se rabattre sur des choses rassurantes, que peut être par exemple un vote "traditionnel et conservateur". C'est sur ce point précis que Sarkozy est une menace pour Bayrou. Bayrou propose une réflexion honnête en intégrant dans le débats des nuances et des idées complexes mais cohérentes qui appellent à une remise en cause de certains principes, à cela Sarkozy répond par des idées comlplexes et incohérentes. Incohérentes comme s'ouvrir à une des figures emblématiques du PS (du moins aux yeux de l'électorat) alors qu'il a réfuté l'ouverture jusqu'au soir du premier tour. L'effet produit c'est que l'idée de l'ouverture devient floue, elle ne veut plus rien dire, et Bayrou qui la défendait par le rassemblement et non par l'introduction d'individualités perd un peu plus de terrain, car cette nuance bien que primordiale est vite exclue par l'électeur un peu perdu !
A voir, un extrait d'un film de Thomas Lacoste : "Réfutations", charge anti-sarko qui propose de multiples interventions de "chercheurs et militants". Tout n'est pas bon, il y a parfois des propos un peu trop "militants" et forcement pas très objectifs, mais parmi les quelques très bonnes interventions, celle d'Eric Fassin mérite une attention particulière tant tout ce qu'il dit illustre parfaitement ce qui se passe aujourd'hui.
Eric FASSIN décrypte Nicolas SARKOZY
14:55 Publié dans Au fil du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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